lundi 9 mai 2011

Joe Heelfan: Qu’est-ce qui a tué la lutte au Québec?


9 Mai 2011:

Qu’est-ce qui a tué la lutte au Québec?

Lorsqu’on parle de lutte au Québec dans les années 1950-60-70 et même 1980, on compare souvent les assistances d’événements majeurs du temps versus des petits spectacles réguliers présentés souvent sur une base hebdomadaire. Mais on oublie ou néglige de remettre les choses en perspective ou parallèle.

Comparer un événement comme le Parc Jarry en 1972 et 1973 à un gala régulier de la plupart des fédérations de Lutte Indy du Québec aujourd’hui, c’est comme de comparer le DAYTONA 500 à un programme régulier de stock-car à l’Autodrome St-Eustache; Comparer un match Canadiens-Nordiques avec n’importe quelle rencontre amicale d’une ligue de garage; Comparer le Spectacle RIVERDANCE à une pratique de n’importe quelle troupe de danse traditionnelle dans un gymnase, un Centre Communautaire ou un sous-sol d’église.

La structure du monde de la lutte au Québec était totalement différente dans ces années que ce qu’elle est aujourd’hui. La visibilité de la lutte était évidente grâce à la télévision sur des réseaux généralistes. Autre que le hockey, les activités étaient nettement moins nombreuses et accessibles qu’aujourd’hui. Donc, la lutte, de par son côté sport-performance mais surtout spectacle, profitait d’une situation presque idéale.

Puis, changements et évolution de la technologie vient affecter la lutte dans la retransmission de ses émissions TV-Taping enregistrées à Télé-7 Sherbrooke et redistribuées partout en province, avec Publicités/Promos en fonction de chaque région selon la tournée des spectacles à venir. En plus de la câblodistribution qui s’étend de plus-en-plus partout en province, le regroupement de certaines petites stations de télévisions locales vient changer la donne pour la rediffusion de ces TV-Taping, principalement au niveau pub-promo. Apprendre par le biais de la télévision que les combats et enjeux seront sensiblement les mêmes le Jeudi soir à Chicoutimi que le Vendredi à Alma et Samedi à St-Félicien ou Roberval, à moins que ce ne soit Baie-Comeau, Matane, Rimouski... ou Rivière-Du-Loup, Montmagny, LaPocatière... ou Drummond, Granby, St-Hyacinthe... Ou... Vous avez compris le principe...? Disons que... d’apprendre cela jette un certain doute sur la crédibilité de la lutte versus les autres sports de combats...

Pour le MMA, je ne sais pas. Mais, pour la boxe, autant Professionnel que Amateur, peu importe l’issue du combat il faut attendre un minimum de 30 ou 45 jours avant de pouvoir remonter dans le ring tandis qu’une défaite par K-O oblige attendre minimum 90 jours. Un boxeur qui fait 8-10 combats aura connu une très grosse année. Les olympiques représentent une exception avec jusqu’à 4 ou 5 matches sur une période de 16-17 jours pour les catégories avec le plus grand nombre de participants. Cependant, les règles y sont très strictes.

Donc, de voir/apprendre que les lutteurs se battre 3-4-5 soirs de suite, dans des affrontements dont les règles sont rarement respectées, voilà qui met un doute sérieux dans l’esprit des gens.

A la même époque, autour de 1975-1976 (A vérifier), création d’une "Commission Athlétique" pour régir et édicter des règles dans les sports de combats principalement, en oubliant ou ne sachant pas que la lutte est d’abord et avant tout un spectacle malgré les performances sportives et athlétiques de ses combattants. Des règles et une réglementation justifiées pour plupart des autres sports de combats mais qui nuisent et viennent ternir le spectacle en ce qui concerne la lutte...

Tous ces points réunis amènent une baisse de popularité et un retrait préventif de la lutte de sur nos écrans, le temps de mette les choses au clair avec cette "Commission Athlétique" et se réajuster par rapport aux nouvelles normes du marché télévisuelle.

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Pour les moins de 30 ans qui sont nés avec la télévision minimum 20-30 postes disponibles, donc qui ne comprendraient pas les changements technologiques... Avant 1970 et même jusqu’au début des années 1980, il était rare avoir plus que 3-4 postes de télévision, surtout en-dehors des grands centres (Québec, Montréal, etc.). Bien souvent, Radio-Canada représenté par un ou deux stations locales ou régionales, puis une ou deux petites stations privées généralement associées à Télé-Métropole (Aujourd’hui TVA). Les plus chanceux avaient parfois accès à une station anglophone, en principe Canadian BroadCasting Corporation (CBC – Radio-Canada Anglais). Puis, début des années 70, la câblodistribution prend tranquillement son essor à travers la province, d’abord dans les villes, quartiers résidentiels, avec possibilités de 10-12 canaux. Radio-Canada, stations locales associées à Télé-Métropole, Radio-Québec, Télé-Communautaire, CBC, CBS, ABC, NBC, etc. Ce n’est qu’au milieu des années 1980 qu’on voit apparaître certaines stations spécialisées tels que Super Écran et 2-3 concurrents qui sont rapidement disparus, Musique-Plus, RDS... Mais il reste encore bien des régions rurales qui ne peuvent avoir accès à la câblodistribution... Dans les années 1990, la câblodistribution a continué son expansion. On a vu apparaître et se populariser les fameuses antennes parabolique qui permettent de capter des centaines de canaux. La multiplication des chaînes spécialisées, etc. Mais encore et toujours des régions où ces services ne sont pas accessibles, et certaines personnes qui n’ont pas les moyens ou la possibilité avoir accès aux très nombreux canaux de télévisions. Mais, il y a aussi que tous ces signaux, toutes ces options, entraînent aussi ses limites et contraintes. Il y a peut-être plusieurs signaux disponibles mais se sont souvent les mêmes qui se répètent, la seule différence étant les publicités spécifiques selon la région ainsi que les nouvelles/bulletins de nouvelles en conséquence. Aussi, les gens ont peut-être plus de choix mais ils se limitent généralement à un champ d’intérêt spécifique.

Ben OUI, la TV en Noir-Et-Blanc, pas de télécommande, devoir se lever pour tourner le gros bouton/changer de poste - TONC!-TONC!-TONC! -, monter ou baisser le volume, essayer ajuster l’antenne pour tenter avoir une meilleure retransmission de l’image et du son...

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Début des années 1980, la lutte Québecoise est de retour sur nos écrans de télévision, mais son absence temporaire a quand-même eu des effets négatifs sur sa visibilité et popularité. Les arénas en région ne sont plus aussi pleines que 10-15-20 ans auparavant. Si aujourd’hui on se réjoui attirer 800-1000 spectateurs pour un spectacle de lutte dans un tel aréna, à l’époque cela signifiait une nette baisse comparativement aux 1500-2000-3000-etc. des années 1970. Il est même arrivé attirer à peine 400-500-600 spectateurs dans ces arénas lors des derniers temps de Lutte Internationale en promotion de la lutte Québecoise.

Début des années 1980, c’est aussi l’arrivé des premiers lecteurs vidéos VHS ou BETACAM et la possibilité d’enregistrer ses émissions, mais aussi rapidement suivi de la possibilité de louer ou acheter des films sur vidéos. La lutte, avec WWF/WWE en tête, voit rapidement l’occasion d’aller chercher une importante source de revenus supplémentaire avec la vente de vidéos VHS de ses événements majeurs, WRESTLEMANIA en tête de liste.

Mais la lutte Québecoise s’adapte mal à cette autre nouvelle technologie, en grande partie par sa propre faute. En fait, la lutte Québecoise a conservé la méthode des TV-Taping, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soit, mais s’est mise à ajouter des enregistrements de certains combats lors de certains galas. Mais bien souvent, ces mêmes matches ont également été présenté un peu partout en province, même booking de galas, mêmes scriptes de matches. Ce que plusieurs doutaient quant à la FAUSSE VÉRACITÉ de la lutte est maintenant mis en évidence. Malheureusement, il en demeure encore un trop grand nombre pour s’entêter à dire qu’il n’y a rien d’arrangé, même si toutes les preuves sont sur la table. Le Fameux KAYFABE!

Deuxième moitié des années 1980, la lutte Québecoise disparaît des écrans de télévisions pour être remplacé par WWF (Qui deviendra quelques années plus tard la WWE). Les meilleurs Québecois sont alors recruté par la WWF - Les Rougeau, Dino Bravo, Ricky Martel, etc. pour ne nommer que ceux-là.

Ensuite, la lutte quitte les chaînes généralistes pour se retrouver avec un auditoire limité sur RDS. De WWF/WWE, on alors passe par des organisations parfois de second ordre WCW et maintenant TNA-Impact dont la chance de voir au Québec sont bien mince, sauf peut-être un lutteur invité à l’occasion et qui n’est connu que du milieu Undergroumd de la lutte.… Des quotes écoutes d’à peine 100 000 télé-spectateurs au total des 3-4-5 rediffusions. Des heures de diffusion instables et très variables. Rien pour fidéliser un public et l’intéresser à la lutte Québecoise, sauf peut-être une brève capsule de 2-3 minutes sur la liste des galas à venir, en autant on puisse écouter avant la présentation de ces spectacles...

Quand un Yves Leroux, journaliste-chroniqueur pour le site Internet SLAM, prétend dans le documentaire THEATRE EXTREME que c’est à cause de la taille et du poids des lutteurs si la lutte n’est plus populaire et n’attire plus autant de monde qu’avant, il est totalement dans le champ. En autant que le spectacle soit au rendez-vous, qu’un jeune lutteur compense son physique restreint par son intensité et ses performances, majorité des spectateurs n’y voient aucun inconvénient.

Et quand un gars comme Sylvain SLY Grenier, ancien lutteur et aujourd’hui analyste-commentateur pour RDS-Lutte TNA-Impact, prétend que c’est à cause de certains scandales de drogues et/ou stéroïdes anabolisants si la lutte a perdu tous ces adaptes, il est encore plus dans le champ. A savoir que les scandales de drogue et stéroïdes ont nettement défrayés la manchette en cyclisme, baseball, football, etc. et que ces sports sont tout aussi populaire qu’avant sinon plus, tandis que la chose est presque passé sous silence en ce qui concerne la lutte.

Première raison de la faible popularité de la lutte indépendante au Québec est le peu ou le manque de visibilité dont elle bénéficie. Plupart des petites organisations n’ont pas les ressources financières pour se permettre publicité à grande échelle dans les grands quotidiens (Journal De Montréal, Journal De Québec, La Presse, Le Soleil, Nouvelliste, etc.). Publicités dans les hebdos régionaux profitent aux promotions/fédérations concernés. Internet ne rejoint que les gens du milieu ou ceux qui connaissent déjà le petite monde de la lutte, mais ne permet pas aller chercher de nouveaux spectateurs en quantité intéressante. Pour ce qui est des capsules de 2-3 minutes durant TNA-Impact, surtout avec cette nouvelle formule depuis Avril 2011, pour le peu que cela donne... C’est comme un galet dans la mare...!

En ce sens, majorité des reportages et/ou documentaires présentés depuis 10-12-15 ans sur le petit monde de la lutte Indy au Québec a un impact beaucoup plus positif sur les assistances des différentes associations/promotions un peu partout en province que ces petites capsules 2-3 minutes de TNA-Impact sur RDS.

1998 - SRC - Le Royal Wrestling Ring à l'œuvre
1998 - SRC - La lutte locale gagne des adeptes au Québec
2000 - SRC (ZONE LIBRE) - La lutte locale bat son plein au Québec
2003 - SRC - Lutte, spectacle du ring
2010 - Z-Télé (Les Tripeux) - Geneviève Goulet (LUFISTO), Lutteuse
2010 - CANAL-D (Docu-D) - Théâtre Extrême

On peut ajouter, même si d’un impact général moindre, mais plus spécifique à l’organisation concernée, les différents documentaires réalisés par les Télévisions Communautaire, ainsi que les entrevues lors de bulletins de Nouvelles ou émissions du genre ARTS-CULTURES-SORTIES (La Vie Chez nous..., etc.) qu’on retrouve dans la plupart des stations Télévision en région.

Pour qui ne fait pas parti du petit monde underground de la lutte québécoise, regarder la lutte à la télévision se résume donc présentement à la retransmission en abrégé des galas TNA-Impact sur les ondes de RDS (90 minutes ramenées à 45. Donc, suppression de certains matches et plusieurs promos, le tout avec un délai de 3-4 semaines de retard sur l’original...). Sinon avoir accès aux réseaux américains afin de pouvoir regarder WWE Monday Night RAW et/ou WWE SMACKDOWN. Par la suite, certains canaux spécialisés tels que FIGHT-TV, SPIKE et autres.

Quant aux fans de lutte indépendante, ils connaissent, pour la plupart, les promotions tels que RING OF HONOR (ROH), CHIKARA, DG-USA, PWG, SHIMMER, etc. et ont sûrement eu occasion de regarder vidéos via Youtube, Dailymotion, etc. sinon d’avoir acheté ou téléchargé DVD de l’une ou l’autre de ces organisations et de leurs produits plus spécifiques.

Dans le cas précis de ROH, l’enregistrement de TV-Taping présentés sur HD-Net avec storylines de façon à promouvoir les différents événements majeurs de cette fédération, de la même manière que le faisait LUTTE GRAND-PRIX/SUR LE MATELAS il y a 30-40 ans.

La promotion féminine SHIMMER utilise sensiblement ce même principe en enregistrant 4 ou 6 galas au même endroit durant la même fin de semaine, pour ensuite en faire le montage et la vente de DVD servant à promouvoir ses gros événements.

Sachant le nombre de lutteurs ROH qui sont invités par différentes fédérations du Québec, sachant aussi les coûts moindre et la proximité de ROH, imaginez impacts positifs si les shows TV-Taping ROH avaient pu se retrouver sur RDS en place de TNA... que ce soit pour toutes ces fédérations québécoises qui invitent lutteurs ROH ou tout simplement la tenue d’un show ROH, que ce soit Québec, Trois-Rivières, Montréal, Ottawa, etc.

Si ROH peut avoir un impact positif sur la lutte Québecoise, nettement plus que TNA, imaginez maintenant s’il était question directement de lutte professionnelle avec nos lutteurs du Québec... encore mieux sur un réseau généraliste (V, TVA, SRC) dans une case horaire appropriée pour en favoriser la visibilité...!

D’autant plus que le milieu se dirige tranquillement vers une certaine uniformisation. Les meilleurs éléments se retrouvent en demande dans la majorité des organisations, avec des rivalités et des storylines qui deviennent tranquillement communes entre les différentes promotions.

Imaginons un instant de pouvoir sélectionner les 25-30 meilleurs lutteurs au Québec, ceci sans avoir recours aux grosses vedettes américaines. Prendre parmi le bassin de 300-400 gars et filles qui montent présentement dans le ring un peu partout au Québec, ceux qui ont la shape (Grandeur, poids, musculature...), le talent, le charisme, en mesure offrir de bonnes performances physiques, sportives, athlétiques mais surtout scéniques. Ensuite, de mettre l’accent sur la visibilité - Autant une émission de lutte sur une base régulière dans un réseau généraliste (V, TVA, SRC...), se retrouver sur le plus grand nombre possible de plateaux de télévision - Émissions sportives, talk shows, Tout Le Monde En Parle, Salut-Bonjour, Denis Lévesque, etc. Rendre la lutte visible et accessible à un plus grand nombre possible, annoncer les différents galas, etc. Savoir fidéliser les auditeurs et les inciter à se rendre aux événements de cette organisation.

Une fois connue, bien en place et structurée de façon intelligente, nulle doute qu’il redeviendrait possible attirer 1000-1500-2000 personnes, et peut-être même plus selon les villes et régions visitées. Plus toutes les autres organisations/promotions/fédérations qui sauraient bénéficier de cette visibilité retrouvée.

Idéalement, les éventuels promoteurs et responsables d’un tel projet éviteront les erreurs du passé. Ils sauront tenir compte des erreurs commises pour ne pas les répéter. Éviter de se déplacer tel un ROCK TOUR, offrant donc un booking différent à chaque soir, tout en tenant compte des rivalités et storylines en place.

En résumé, qu’est-ce qui a tué la lutte au Québec?

- Incapacité de s’adapter adéquatement aux changements technologique dans le domaine des médias, principalement la télévision.

- Une Commission Athlétique qui ne tenait pas compte ou ignorait les particularité de la lutte Professionnelle au sein des sports de combats.

- Une visibilité majeure perdue sur les grands réseaux généralistes de télévision au détriment de la machine américaine.

- Les organisations Québecoises qui sont aujourd’hui en place n’ont malheureusement pas accès aux mêmes ressources financières que celles d’il y a 25-30-40 ans.

- Le manque d'audace et l’entêtement à demeurer dans les petites valeurs sûres, mais sans vraiment envergures. On est prêt à voir grand à la condition que ça ne change pas nos petites habitudes et pas trop d’efforts à fournir... (Exemple – On a peine, on hésite à innover en fait de salle, décors, aménagement. Donc – CHAPEAU à la NCW pour ses shows au Club Soda ou Théâtre Telus, ainsi que toutes les organisations qui présentent des spectacles ailleurs que sous-sol églises, centres communautaires, etc. également ceux qui n’ont pas peur de monter la salle différemment du pattern classique...).

En terminant, si on reproche qu’il y a trop de fédérations avec plus d’une vingtaine de promotions de lutte Indys au Québec et quelques promoteurs indépendants qui offrent différents Spot-Shows, peut-être intéressant d’apprendre ou de rappeler que durant les années 1960-1970-1980, en plus de Lutte Grand-Prix, As De La Lutte, Sur Le Matelas ou Lutte International, il y avait aussi quelques petites fédérations que ce soit à Jonquière, Drummondville, Montréal, Québec (Les fameux galas de lutte de "La Tour"...), Shawinigan, etc. tel qu’on connaît aujourd’hui et qui attiraient peut-être le même nombre de spectateurs comme actuellement, soit 100-150-200 environ, parfois 400-500-600... en certaines circonstances, gros galas et venues de lutteurs invités, en autant que le tout se voulait annoncé et publicisé.

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